Sur les traces de l’EV Henry à l’Ecole navale

L’Enseigne de vaisseau Paul-Charles-Joseph Henry figure dans la galerie des portraits de l’Espace de tradition, parmi les officiers illustres de l’Ecole navale. On lui reconnaît son courage exemplaire au cours du siège de Pé-Tang en 1900 .Le 10 septembre 1996, le colonel Chancerelle, descendant d’Henry a fait don à l’Ecole navale de plusieurs effets lui ayant appartenu.


Parcours d’un bordache

Né à Angers le 11 novembre 1876 mais d’origine bretonne, il entra à l’Ecole navale en octobre 1893. Aspirant de 1e classe en octobre 1896, il embarqua sur la Melpomène, école des gabiers à Brest, et en 1897, sur le croiseur Amiral Charner en Méditerranée, avec lequel il participa aux opérations de Crète.

Officier élève au bataillon d’apprentis fusiliers à Lorient, enseigne de vaisseau en octobre 1898, il passa sur le croiseur-cuirassé d’Entrecasteaux à la division navale d’Extrême-Orient. Ce bâtiment fit partie de l’escadre internationale envoyée en Chine pour assurer la défense des établissements européens assiégés par les révoltés chinois.


Un officier pris dans la guerre des Boxers

La guerre des Boxers qui a sévi en Chine de 1900 à 1902 est surtout connue par le célèbre siège des 55 jours de Pékin, évènement qui a eu un grand retentissement dans l’opinion publique de l’époque. L’impératrice chinoise Tseu-Hi est fortement soupçonnée d’avoir provoqué ce conflit en manipulant secrètement la secte des Boxers, contrôlant leur révolte et l’intervention de l’armée régulière. Des raisons politiques et économiques sont à l’origine de cette lutte armée. Les européens et les américains contraignent par la force, depuis le milieu du siècle, la Chine à s’ouvrir au commerce international alors en pleine croissance.

La France de napoléon III s’était inscrite dans ce processus mais sans grand enthousiasme de la part de ses marchands et de ses industriels et, à partir de 1860, elle s’est tournée rapidement vers l’Indochine. Elle s’implique plutôt dans la christianisation catholique des populations chinoises. Durant la guerre des Boxers, neufs états européens, le Japon et les Etats-Unis interviennent pour préserver leurs acquis économiques, la vie de leurs ressortissants et celle de milliers de chrétiens chinois.


Le siège de Pé-Tang

Le 31 mai 1900, arrivent par trains spéciaux, comme première protection, environ 450 marins de huit nations différentes. Le croiseur cuirassé d’Entrecasteaux, affecté à la division navale d’Extrême-Orient, est également appelé en Chine pour la révolte. Le lieutenant de vaisseau Darcy, affecté sur ce bâtiment, est désigné comme chef de département. Il répartit ses hommes en trois groupes. L’un d’eux sera commandé par l’EV Henry au Pé-tang, dans les quartiers ouest de Pékin, où se trouvent 3000 chrétiens regroupés par Mgr Favier, évêque de Pékin et provisoirement quinze hommes à l’église de Nantang sous les ordres de l’aspirant Herber. Onze marins italiens sous les ordres de l’aspirant Olivieri ont renforcé la présence française au Pé-Tang en plus de 400 chinois armés de lances et de piques, recrutés par les chrétiens chinois.Le Pé-Tang est assiégé du 1e juin au 16 août 1900. Durant ce siège, le harcèlement chinois a été continuel et les assauts furent poussés à une extrême violence. De plus, les ressources alimentaires, faibles à la base, se sont épuisées très vite et cela a mis en situation de famine la population de Pé-Tang.

Du Pé-Tang aux réserves de l’Espace de tradition : histoire d’un drapeau exceptionnel…

Arrivé à la mission catholique de Pé-tang, l’EV Henry s’occupe de faire confectionner un drapeau français - 3 mètres de battant sur 2 mètres de guidant, trois couleurs. Marins, religieux, religieuses, tous y participent et aussitôt le drapeau est hissé au mât planté à l’angle extérieur Sud Est de la Grande Porte de Pé-tang.

Il sera la cible des assaillants et criblé de balles. L’EV Henry décide alors de le ramener à l’intérieur des fortifications. Il est rentré chaque soir et remonté chaque matin, mais bien des fois, sa hampe sera brisée ou reversée.

Le 30 juillet, l’EV Henry est grièvement blessé en dirigeant une contre-attaque à la tête de quelques matelots français et italiens. Il meurt rapidement et sera remplacé par l’aspirant Olivieri. La cité de Pé-Tang est en émoi car son action héroïque demeure un véritable symbole et une référence dans l’art du commandement.

Après la délivrance, le 16 août 1900, Monseigneur Favier s’est empressé d’aller recueillir le drapeau qu’il a refusé de céder au musée des Invalides. Il l’a remis en main propre à la famille Henry qui l’a gardé dans la maison de l’EV Henry à Kergresq. En 1998, ses neveux ont décidé d’en faire don au Musée de l’Ecole navale qui a gardé cet emblème comme le legs d’un grand pour les jeunes marins et comme une gloire française.

Ce drapeau a été acclamé par des foules innombrables devant les sanctuaires de Sainte Anne d’Auray et de Lourdes, ainsi qu’aux obsèques de l’EV Henry en 1902 à Plougrescant. « Ce glorieux drapeau français qui pendant plus de deux mois n’a cessé de se dresser sur les fortifications du Pé-tang, déchiré par près de 100 balles chinoises, noirci par la mitraille, ayant perdu près de la moitié de son étoffe. Il a été la peine, il est juste qu’il soit à l’honneur » .
Propos de Monseigneur Favier, à Sainte Anne d’Auray, lors de la réalisation du vœu de l’EV Henry.