Les pavillons de la marine

Rouges, blancs ou bleus, tricolores, unis, décorés de croix ou de fleurs de lys, les pavillons de la marine qui flottent et ont flotté au mât des bâtiments ont une longue histoire. Certains de ces prestigieux pavillons sont conservés à l’Ecole navale dans le bureau de l’amiral ou au fond du mess officiers.

La naissance d’un étendard

Dés le début du XIVe siècle, le blanc est la couleur des Français, notamment sur leur croix d’habit par opposition à la croix rouge des Anglais.
Dix ans après la mort de Louis IX, Philippe le Hardi sent un besoin grandissant de créer une flotte française. Il profite du port d’Aigues-Mortes, légué par son père, pour mettre en chantier trois cents navires. Pour commander cette marine, il institue en 1295 la charge d’amiral de France dont le premier titulaire fut Florent de Varennes. Afin de se faire connaître en mer, les navires avaient besoin d’arborer le pavillon de la nation française.
Comme les anglais voulurent harmoniser leur pavillon avec la couleur rouge de l’étendard et abandonnèrent la croix blanche pour la croix rouge de Saint-Georges. Les français, quant à eux, pour se démarquer prirent la croix blanche sur fond bleu, couleur de la chape de Saint-Martin, couleur aussi des ducs, puis des rois de France.

L’affirmation d’un pavillon de la marine royale

Le cardinal de Richelieu supprima la charge d’amiral de France par un « grand maître, chef et surintendant de la navigation et du commerce » sous l’autorité du roi, fonction qu’il prit lui-même.
C’est alors qu’il introduisit l’usage du pavillon blanc, emblème particulier de l’autorité supérieure et décida que dorénavant tous les vaisseaux de guerre porteraient ce pavillon. En 1643, le pavillon de la marine de guerre était blanc, orné de l’écu royal, de colliers de différents ordres, des fleurs de lys et de deux anges vêtus de bleu et de rouge. Arboré au grand mât, il devenait la marque de commandement et à la poupe il signifiait la nationalité du navire qui le portait.

L’exception des galères

Dans la flotte du Levant ou Méditerranée, la marque de commandement n’était plus blanche, mais rouge et tous les étendards, girouettes et flammes des galères devaient être rouges, ornés des armoiries royales et fleurdelisés.

Et la marine marchande dans tout cela ?


Afin de distinguer la marine de guerre de la marine du commerce, Louis XIV initia une ordonnance le 9 octobre 1661. Elle attribua à la marine de commerce un pavillon de poupe bleu à « croix blanche transversante » avec l’écu de sa majesté sur le tout.
Mais la marine marchande visait à s’attribuer le pavillon blanc des vaisseaux de guerre, estimant en tirer plus de prestige. Louis XIV s’opposa fermement à cette prétention.
Mais ce dernier lui concéda en 1689, quand il rendit sa grande ordonnance, un pavillon bleu avec croix blanche plus large et les colliers des ordres autour de l’écu royal, privé de ses deux anges vêtus de bleu et de rouge, qui ne pouvaient figurer que sur le pavillon de la marine de guerre.


Les derniers changements de 1790 à 1830

Le 24 octobre 1790, l’Assemblée constituante décida d’adopter un nouveau pavillon national. Pour les navires de guerre, le pavillon de beaupré était composé de trois bandes égales et posées verticalement. La bande rouge était la plus près du mât de pavillon, la bande blanche au milieu et la bande bleu flottante. Le pavillon de poupe, quant à lui, était un pavillon blanc orné en quartier des nouvelles couleurs de la nation. Les trois quarts du pavillon restaient blancs, tandis que le quart supérieur du pavillon portait les couleurs du pavillon de Beaupré, le tout encadré d’une bande étroite mi-partie rouge et bleue, le bleue du côté de la hampe.

Le 5 décembre 1790, le ministre Fleurieu ordonna que « tous les bâtiments de la flotte française arbore le pavillon tricolore en mettant dans cette cérémonie l’appareil et la majesté nécessaires, observant qu’on ferait en cela une chose agréable au roi ». Mais la marine, très attachée à ses traditions, ne tint pas compte de ce changement. Le 15 février 1794, Jean Bon Saint-André, envoyé à Brest fit supprimer par la Convention l’usage du pavillon de 1790 au quartier tricolore pour imposer le pavillon national. Pourtant lors de la bataille d’Ouessant le 1e juin 1794, seuls le Redoutable et la Montagne où se trouvaient Jean Bon Saint-André et Villaret-Joyeuse portaient le pavillon réglementaire. Tous les autres navires sans exception portaient encore le pavillon blanc à quartier tricolore qui fût tout de même accepté par les officiers et les équipages au moment où le décret de février venait à nouveau de tout bouleverser.

A la Restauration, la marine reprit le pavillon blanc, mais il n’était plus sa marque distinctive, comme dans l’ancienne monarchie, puisque le drapeau blanc, adopté par Louis XVIII, était devenu celui de la France. La Révolution de 1830 rétablit les trois couleurs, et la marine changea encore de pavillon et hissa celui de 1794. Depuis ce temps, il n’y a plus eu de changement !