« …Et j’entrerai brûlé de soleil et de joie, carène qui se cabre et vergue qui s’éploie, avec les grands oiseaux d’or pâle et d’argent clair, j’entrerai par la porte ouverte sur la mer ! » Henri de Regnier
Usages et langages, tout est inconnu, tout est à apprendre : incorporations, grades, tenues, déplacements, organisation de la Marine sont le quotidien des nouveaux venus. Embarquements sur les fières goélettes Etoile et Belle Poule, aguerrissement et apprentissage de la rusticité, familiarisation à l’héritage de la Marine…
Mais l’initiation demeure lente et progressive, et vingt-cinq jours sont bien loin de suffire pour les guider le long du difficile mais si riche chemin des traditions séculaires de la Royale et de la Baille…
« Mens agitat molem » (l’esprit meut la masse) Virgile
Hauts lieux de formalisme protocolaire et de rigueur s’il en est, les défilés et autres cérémonies sont l’occasion pour chacun de revêtir son habit de lumière afin d’émouvoir ses quelques proches parents venus des antipodes pour l’événement. Mais le résultat ne laisse en rien soupçonner les longues et pénibles heures d’entraînement aux mains de nos chers cadres de contact, dont le perfectionnisme et le zèle amusent les uns et exaspèrent les autres. Car le jour J, nul n’est à l’abri d’une rupture de jugulaire, d’un incident de sabre, d’un attentat volatile ! Quant au spectre du malaise dans les rangs…
« La sécurité, c’est l’affaire de tous. » Sagesse populaire
Lieu : Cherbourg.
Durée : Quinze Jours.
Objectif : décrocher la qualification fondamentale, témoignage vivant de notre formation sécurité.
Météo : crachin normand, froid polaire.
Extincteurs, manches à incendie, prémélangeurs, A3F, voies d’eau sont notre quotidien pendant ces deux semaines intensives. Il nous faut savoir faire face à tous les types de sinistres ; d’où l’intérêt de développer notre culture de la sécurité.
« Intervention », « en avant du mou » ou « DDI de DDL », autant d’automatismes linguistiques que nous devons acquérir au contact des Lucifer et autre Koweït City, noms ô combien révélateurs des différents agrès de synthèse. Quinze jours inénarrables, et suffisants pour comprendre que Cherbourg est une affectation brûlante d’intérêt…
Le premier contact avec les choses de la mer demeure un exercice assez rude. Quel front inexpérimenté n’a pas subi les affres d’une porte étanche qui n’aurait jamais dû se trouver là à cet instant…Dès nos premiers pas sur cet élément perfide, nous, novices de l’océan, apprenons ainsi, qu’une attitude superbe n’est pas de mise, et qu’il est indispensable de savoir se plier aux circonstances…Car voici que pointe avec la rigueur climatique de l’hiver la période de formation à la navigation, appelée Corvette ; période trop cruelle où le rêve trop doux de la « marine carte postale » s’étiole et laisse place à l’apprentissage du dépassement de soi. Et je ne résiste pas au plaisir de vous livrer ces quelques vers de Michel Perchoc, co-auteur de L’Ecole Navale, le livre…
Prière pour les corvettes :
« Dieu tout puissant, maître des océans et des corvettes, des anticyclones et des dépressions, Vous qui donnez les vertus, plus fortes que roulis, tangage et découragement, Daignez m’établir sur le solide fondement de la foi en ma vocation maritime, Me protéger par l’inexpugnable bouclier de l’espérance en des temps meilleurs, M’orner des sentiments magnifiques de la charité qui me portent vers un camarade déjà succombant au mal, de mer ! Ar men. »
"L’autorité sans compétence est aussi impuissante que la compétence sans autorité. » Gustave Le Bon
Amphi Colbert, mardi, 14 heures. Un coude sur la tablette, le menton posé sur la main, pour écouter (ou pour entendre ?) une conférence de deux heures. Et là se présente à moi ce choix cornélien, dilemme ô combien déchirant : l’intérêt du sujet, le talent avéré du professeur seront-ils plus forts que cette terrible torpeur propre au début d’après-midi ? Certes, les cours de droit, d’histoire ou de géographie sont plus à même de cultiver l’esprit et de nourrir l’âme que ceux très pragmatiques (on les appelle matières scientifiques) des cours en « tique » ; mais c’est bien à ces derniers qu’il va falloir faire face : automatique, électronique, informatique…et attention ! « Le corps, l’âme et l’esprit ne font qu’un », et tout doit être solide dans le bagage du bordache.
« De l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace. » Danton
Les marins que nous sommes, à ce stade de notre formation, ignorent tout ou presque de la chose aéronautique. Les permissions de février voient se révéler des vocations : de pilote, pour les futurs et valeureux candidats à l’Aéronavale ; de commando, pour tous ceux qui ont la chance de participer au stage para .Les uns essuient leurs premières sueurs froides à bord des canaris, petits avions à moteur de type Rallye et destinés à l’initiation et à la sélection. Ils ont l’immense privilège de rester en presqu’île, puisque l’escadrille 50S a établi ses quartiers sur la BAN Lanvéoc. Quant aux autres, ils ont l’honneur de séjourner quelques jours à l’Ecole des Troupes Aéroportées de Pau. Stage concrétisé par la remise du prestigieux brevet parachutiste pour ceux d’entre nous qui auront su éviter les écueils des blessures à l’atterrissage. Pilote ou parachutiste, la même motivation nous anime, la même envie de ne pas laisser passer une occasion sans la saisir, d’exécuter tout travail avec le maximum de conscience et de méthode.
« Les vraies vertus civiques, sources de la force d’une nation, se nomment, courage, sens de l’honneur, abnégation. Elles naissent de la vitalité de l’être, de l’instinct de solidarité et de la capacité d’affection pour nos proches. » Général Jean du Verdier
Grande rencontre « œcuménique », le Tournoi Sportif des Grandes Ecoles de la Défense ouvre en grande pompe le mois de rayonnement sur la Capitale. Sur le site de Polytechnique à Palaiseau, chaque protagoniste rivalise de force et d’ingéniosité afin de porter haut les couleurs de son Ecole ; beaucoup viennent pour gagner, d’autres simplement pour participer, mais tous profitent de cet intermède parisien pour enfin apprendre que leur Ecole n’est pas unique en son genre…
Né de la volonté du ministre de la Défense, souhaitant réunir pendant une quinzaine de jours, les élèves de nos prestigieuses institutions, le Séminaire Interarmée des Grandes Ecoles Militaires (SIGEM) vise à nous présenter, tôt dans notre cursus de formation initiale, l’environnement de notre Défense dans sa globalité et sa complexité. Ces quinze jours se déroulent à Paris, essentiellement dans l’enceinte de l’Ecole Militaire, et réunissent les élèves de l’Ecole Polytechnique (« X »), l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr (« Cyrards »), l’Ecole de l’Air (« Avia »), l’Ecole des Officiers de la Gendarmerie Nationale, les Ecoles du service de santé des armées de Lyon (« Santard(e)s ») et Bordeaux (« Navalais(e)s »), l’Ecole Nationale Supérieure des Ingénieurs des Etudes et Techniques de l’Armement, l’Ecole Supérieure d’Administration de l’Armement, l’Ecole militaire Supérieure d’Administration et de Management de l’Armée de Terre de Montpellier, les Ecoles du Commissariat de l’Air et de la Marine, et enfin et surtout la prestigieuse et inégalable ECOLE NAVALE !
Onze tables rondes, menées par des intervenants de très haut niveau, permettent de mieux appréhender l’organisation de la Défense de la France sous ses aspects les plus variés : constitutionnel, international, diplomatique, industriel, financier…Ces conférences magistrales sont complétées de travaux de groupe, mais également d’un programme de visites étoffé (Assemblée Nationale, Conseil d’Etat, médias, industries, au même titre que les centres névralgiques de nos armées en action…). In fine, Paris, ville lumière, abrite mille trésors cachés que notre volonté d’ouverture sur le monde ne saurait ignorer…Carpe diem !
« Ce qui fait la valeur de l’officier pour la Marine, ce n’est pas la mesure de ses capacités, de son intelligence, mais la manière dont il fait usage des aptitudes qu’il possède. » Commandant de l’USS Clarke, 1954
Il est officier, il est toujours vêtu de vert, il est entouré d’une troupe de G.O. bienveillants (la Prodef, pour Protection-Défense), il ne jure que par le leadership, il est parfois une femme (eh oui, nul n’y échappe…) ; mais surtout, il est toujours importé d’Outre-Manche, pur produit de la Royal Navy débarquant en Bretagne avec l’ambition de nous apprendre les qualités du chef, en développant notre rusticité.
Si tous ces exercices de biffe dans la pampa crozonnaise et la lande bretonne font la joie des quelques fanas commandos, ils sont en revanche profitables à tous afin de posséder la compétence, la prévoyance, l’esprit de décision et la ténacité.
Pour que tous au moins une fois dans notre pieuse existence de Bordache, nous puissions connaître la joie du soldat de retour de campagne avec le treillis boueux, les rangers trempées, le visage méconnaissable, dissimulé sous la triple couche de crasse et de fard de combat ; la joie du soldat qui revient au pays avec la satisfaction du devoir accompli ; la joie du soldat qui, vingt-cinq ans après, pourra dire avec fierté et un brin de nostalgie, « j’y étais ! »…
« Qui a plus rude combat à soutenir que celui qui travaille à se vaincre ? » Imitation de JC
L’Ecole Navale souhaite cultiver chez ses élèves l’esprit de défi, de dépassement, de courage. Défi qui soit d’ordre physique, athlétique ou intellectuel, l’objectif est de réussir à se dépasser, toujours en « s’amusant ». Dans cette perspective, nous disposons d’une capacité d’initiative pour proposer de relever des défis, charge à chacun d’organiser le succès de son entreprise. Téléthon, trophée robotique E=M6, raids, rallyes, régates, théâtre, autant d’occasions de briller en prenant du plaisir. Il convient également de souligner l’échange institué entre l’Ecole Militaire de la Flotte et la maison du Sacré Cœur, qui accueille les enfants « provisoirement sans parents ».
« Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas, c’est parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles. » Sénèque
La première année d’Ecole est une sorte de traversée du désert, où il n’est question que de connaissances de base, illustrées et soutenues par l’accomplissement de mini-projets.
Comprendre son environnement professionnel et savoir innover, présenter, communiquer, convaincre ; acquérir des compétences et des connaissances, des méthodes de travail en équipe ; imagination, persévérance, volonté de faire ses preuves et responsabilisation maximum. Autant de vertus mises en œuvre dans le cadre de ces projets, mais qui trouvent surtout leur consécration dans la préparation du Bal de fin d’année, dévolue aux élèves de première année.
Beau comme une institution, prestigieux et réputé, il suscite la jalousie de plus d’un Grande Ecole. Un air grand siècle de la galanterie, instant privilégié de ce mois de juin…
« Celui qui laisse la mer pénétrer en lui par ses cinq sens, celui qui sait la regarder, l’écouter, la sentir la goûter, la toucher, acquiert un sixième sens qui s’appelle le sens marin ». Yves la Prairie
Notre formation maritime de chef du quart passerelle (ou d’énergie-propulsion) est très riche en enseignements : se maîtriser, diriger, anticiper, entreprendre…avec un maître mot : la rigueur dans l’exécution, pour être capable de surmonter les rigueurs de l’océan…
Mais voici que sonne l’heure pour la flotille de bâtiments-écoles de nous porter vers de nouveaux horizons. Enfin, après moult préram (présentations au mouillages), tracou (transferts de courrier), navres (navigations en eaux resserrées), avaries de barre ou « hommes à la mer », nous goûtons aux joies de notre première escale en terre indigène. Hambourg, Glasgow, Stockholm ou St Petersbourg, le bout du monde ! Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse…
« En arrivant à terre, il prend de belles manières, Un langage poli, vraie fleur de l’Académie, Tout fier de lui, il file, Le bordache par la ville, Reluquant les mollets, les tailles, les corsets… »
(Chanson tradi, extrait de la Polka des sorties (1901)
Oubliés, la Prodef, le Bougainville (laboratoire scientifique), et toutes ces matières en « tique » qui nous laissent dubitatifs quant à notre condition. Ingénieurs ? Peut-être, mais pas seulement. Militaires ? Certainement, mais tellement plus aussi…Assurément, nous sommes avant tout des Marins, état que nous revendiquons avec fierté et panache. Et c’est en tant qu’Anciens, que nous reparaîtrons à la rentrée ; avec pour unique préoccupation le souci de faire connaître la mer, et de l’aimer…
Aspirant Caillat