Amiral, quelles sont les spécificités de l’Ecole Navale par rapport aux académies navales européennes ?
Nous recrutons nos élèves en sortie de classes préparatoires, majoritairement scientifiques (Math Sup’ & Spé’), ce qui est déjà une particularité importante car nous sommes les seuls, au niveau européen, à disposer de ce type de recrutement. Pleinement intégrés dans le processus de Bologne (Licence – Master - Doctorat), nous échangeons des semestres avec des académies navales étrangères, et montons des cursus bi-diplômants avec des écoles d’ingénieurs françaises comme Supélec ou Centrale Nantes. Les élèves de l’Ecole navale obtiennent leur diplôme d’ingénieur en fin de troisième année (BAC + 5).
En termes de formation initiale, des synergies sont-elles envisageables entre la Marine nationale et la Royal Navy ?
Bien sûr. Malgré un fonctionnement différent (Navy : recrutement à Bac + 5 et formation d’un an), nous avons signé en 2003 un « Twinning Agreement » avec le Britannia Royal Navy College de Darthmouth. Cet accord de jumelage formalise nos liens et nos intentions mutuelles de collaboration au niveau professionnel, culturel, social et sportif. Nous accueillons des britanniques pour des embarquements et des stages de leadership et développons des travaux de recherches avec l’université de Southampton. Depuis 2009, des échanges de semestre sont également mis en place avec cette université.
D’une manière générale, autour de quel axe la formation des futurs officiers de marine a-t-elle le plus changée ?
La formation repose sur trois volets subtilement dosés et ajustés : une formation maritime, reconnue par l’Organisation Maritime Internationale, qu’il faut adapter aux nouvelles réglementations et aux bâtiments modernes - une formation humaine et militaire, faisant la part belle au « leadership », à l’histoire, à la géopolitique, aux langues vivantes et à la culture générale, qui vise à préparer des chefs bien dans leur tête et leur époque - une partie scientifique, adossée sur l’ Institut de Recherche de l’école, pour permettre à ces derniers de maîtriser des systèmes de plus en plus complexes.
Comment vont évoluer les cursus de formation et les approches pédagogiques d’ici les dix prochaines années ?
Les principes de l’actuel triptyque de formation me paraissent bon et ne nécessitent pas de changement fondamental. En revanche, je suis très attentif à notre capacité permanente d’ouverture et d’adaptation vis-à-vis des nouvelles données de notre environnement, tant de l’institution militaire que du monde civil. Si le fond reste le même - former des officiers de marine, aptes au combat, ayant le goût du commandement des hommes et le sens du service – les méthodes pédagogiques sont adaptées aux évolutions de l’enseignement supérieur et aux attentes de la jeunesse du XXIe siècle.
Les officiers-élèves reçoivent un enseignement maritime sur les goélettes de la marine. Est-ce une formation indispensable aujourd’hui ?
Les notions de « sens marin » et de vie en équipage sont fondamentales pour un marin, quel qu’il soit. Pour les acquérir, rien ne vaut, respectivement, la pratique de la voile pour entrer le plus intimement possible en symbiose avec le milieu maritime et des périodes de navigation longues et lointaines en équipage. Les goélettes représentent de ce point de vue d’excellents outils d’enseignement. Les goélettes sont également de formidables vecteurs de rayonnement. Elles attirent en particulier de nombreux cadets des académies navales européennes chaque année.
Quel est le premier retour d’expérience de la première campagne d’application en mer sur le BPC Tonnerre ?
Celui-ci est très bon. Le BPC, un des bâtiments les plus récents de la Marine nationale à bord duquel est embarqué un groupe amphibie, et sa frégate d’escorte, de conception plus ancienne, donnent une image cohérente de la marine d’aujourd’hui. L’objectif des campagnes d’application menées sur le porte-hélicoptères « Jeanne d’Arc » perdure : partir loin, longtemps et en équipage. Mais davantage que par le passé, les officiers-élèves sont plongés directement dans un contexte interarmées et opérationnel et donc mieux préparés à leurs futures responsabilités.
Pensez-vous que la formation dispensée à l’école est en phase avec les réalités du monde actuel et des grands enjeux maritimes de notre siècle ?
Plus que jamais et nous y travaillons. Nouveauté, nos élèves de quatrième année suivent durant tout le mois de janvier une unité de valeur sur le monde maritime. Celle-ci vise à donner aux jeunes officiers une bonne connaissance du monde maritime civil avec lequel ils seront en interaction permanente : pêcheurs, marins marchands, acteurs portuaires, pilotes. La Marine, en lien avec la nouvelle Ecole Nationale Supérieure Maritime, a fait le choix de consacrer un mois de formation complet à la connaissance de ces différents acteurs afin d’améliorer la coopération au sein des espaces maritimes.
Depuis quelques années, vous organisez la journée Sciences Navales. Quel est l’objectif premier de cet événement ?
L’objectif premier est de sensibiliser nos élèves de première année à l’importance des sciences dans leurs futurs emplois. Celles-ci, tout comme la mer, seront des composantes majeures de leur environnement de travail. Les bâtiments de la Marine sont des systèmes très complexes dotés d’une technologie de pointe. Dès lors, nos élèves ont besoin d’avoir un bagage scientifique solide. Cette année la Journée Sciences Navales, qui je le rappelle est ouverte à tous, aura lieu le jeudi 3 février et aura pour thème central « les sciences et techniques pour la sécurité maritime ».
Focus Défense
Propos recueillis par Philippe Nôtre