Corvette sur le VH pour six enseignes

« Ça passe ? » demande le barreur, « ça passe laaarge ! » répond le skipper. Il est 1h00 du matin et nous entrons dans le sas de 10 mètres de large qui mène au port de Paimpol. Une fois le catamaran accosté, la pression accumulée pendant le chenalage retombe, les sourires sont présents sur les visages malgré la fatigue, nous admirons Paimpol « by night ». Cette petite épopée n’est ni la première ni la dernière réalisée à bord du catamaran Virginie Hériot de l’Ecole navale par six élèves de quatrième année, pendant dix jours.

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Au programme les premiers jours : l’Aber Wrac’h, Trébeurden, Ploumanac’h, les chenaux de Bréhat, de Portsall, de la baie de Morlaix et bien sûr les endroits les plus mythiques de l’Iroise avec Molène, Ouessant et Sein.

Le mot d’ordre était : « allons dans des endroits réputés dangereux, pour vous sensibiliser à la complexité du milieu ». « D’où vient le courant ? Où sont les dangers ? Où se situe ce haut fond indiqué sur la carte ? quelle est la hauteur d’eau ? Comment dérive-t-on ? » Notre instructeur ne nous ménageait pas, notre sens marin a été mis à rude épreuve pendant cette corvette. Ce qui nous a permis de prendre pleinement conscience des qualités nécessaires pour aspirer à être un véritable marin, bien au delà des connaissances théoriques que nous avons déjà. Tous ces lieux que nous avons pu approcher, Armen, Trouz Yar, Kéréon, Roches de Portsall… Dans nos têtes résonne cette citation de Virginie Hériot : « La mer, école de discipline, d’honneur, de droiture, creuset magnifique où se mêlent et se fondent toutes les plus pures qualités qui enfantent les races fortes et décidées. »

Le beau temps était présent, ce qui nous permit d’entreprendre des chenalages assez difficiles comme le chenal de Morbic, accédant au Trou de la souris à Bréhat ou encore les chenaux des roches de Portsall ou le passage du Trouz Yar entre La Vieille et Le Raz. Parfois, les conditions de vent nous permettaient de hisser la grand voile et de dérouler le gennaker. Alors, de nouveau, le mélange travail et plaisir opérait. « Reprenez la bastaque tribord, descendez la dérive, bordez la grand voile ! » Ceci, additionné d’une fine manœuvre de barre, a donné pour résultat une pointe à 12 nœuds au sud de l’île de Sein. Ou encore, le tour de L’Hospic au soleil couchant, toute voile dehors, un spectacle qui a ponctué et récompensé une journée fortement chargée. Dans le port de l’île de Sein où nous avions mouillé, un appel d’un voilier qui avait dérapé a requis toute notre attention. Nous sommes allés porter assistance, sous la coordination du Cross Corsen à ce voilier échoué, que le vent et la mer poussaient sur les cailloux. Une belle leçon a été apprise ce jour : « tout marin se doit de porter assistance à autrui ».

Cette corvette nous a permis de nous familiariser au caractère fort de la mer, gérer les courants, reconnaître les hauts fonds, anticiper les autres dangers, et d’entrevoir toutes les qualités intrinsèques nécessaires pour prétendre à notre métier : rigueur, précision, humilité … De la fatigue et du travail il y en a eu, mais c’est surtout beaucoup d’enseignements et de bons moments qui achèvent cette corvette en Bretagne Nord.

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