Conférence Inaugurale d’Hubert Védrine

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Ancien secrétaire général de l’Elysée sous l’ère Mitterrand, puis ministre des Affaires étrangères de Jacques Chirac et Lionel Jospin pendant cinq ans, Monsieur Hubert Védrine, était présent à l’Ecole navale le 27 septembre pour prononcer une conférence inaugurale sur le thème suivant : « La notion de puissance maritime est–elle plus que jamais pertinente dans un monde multilatéral et globalisé ? »

Les Nations-Unis regroupent aujourd’hui 193 pays dont la France. Elles déploient près de 90.000 hommes dans des actions ayant pour but le maintien de la paix, l’Europe quant à elle contribue à hauteur de 11.000 hommes. La France mène par ailleurs en coalition ou indépendamment de nombreuses actions à l’extérieur de ses frontières. Comment percevez vous l’action de la France, plus précisément au niveau militaire, dans notre monde aujourd’hui ?

HV : Les français, qui ont du mal à trouver une position équilibrée entre l’excès de prétention et de manque de confiance en soi, devraient comprendre que la France est aujourd’hui encore un grand pays, dans la catégorie des puissances d’influence mondiale dans lesquelles il y a une dizaine de pays dont les grands émergents (Grande Bretagne, Allemagne…), des pays européens encore importants. La France a toute sa place, elle est au conseil de sécurité donc elle a son mot à dire sur toutes les décisions de sécurité dans le monde entier, elle a la dissuasion nucléaire, elle a des capacités de projection, des capacité militaires reconnues par tous nos alliés, elle a une diplomatie active et inventive donc elle est capable de faire des propositions concernant beaucoup de conflits dans le monde. La France a hérité du passé beaucoup d’influences sur beaucoup de continents, des liens anciens, une langue parlée par 200 millions de gens. On a une capacité et une présence dans le monde formidable. On peut donc dire que le principal handicap de la France est le manque de confiance en soi et non le manque de moyens.

Nous vivons depuis maintenant plusieurs années une large crise économique, géostratégique et géopolitique. Cette crise a donné lieu à une redistribution des cartes de la puissance à l’échelle mondiale. Quelle est votre vision de ce phénomène ? Comment voyez vous la place de la France au sein de ce nouveau rapport de forces ? et celle plus particulièrement des armées françaises ?

HV : On ne peut pas tellement parler de crise mais plutôt de grande mutation. Il s’agit d’une véritable métamorphose. Pendant plusieurs siècles, les occidentaux (américains et européens) ont contrôlé la marche du monde, pris les décisions importantes, ont répandu leurs idées, leurs valeurs, leur langue, leur système juridique…. Depuis une vingtaine d’années, les pays que nous appelions sous développés ont fini par se développer, à tel point que certains d’entre eux sont devenus des puissances émergentes qui pèsent énormément sur la scène mondiale surtout lorsque ce sont des très grands pays comme la Chine ou l’Inde. Il faut s’adapter à cela. Néanmoins, la France reste une des quelques rares puissances d’influence mondiale. L’avenir se dessinera entre les puissances occidentales et puissances montantes. S’agissant de la France, la dimension militaire est très précieuse. Elle a une influence certaine sur la diplomatie et sur sa capacité d’intervention. JPEG Que pensez-vous du rôle joué par la Marine en Libye, ou dans la mission de lutte anti-piraterie en Océan Indien ?

HV : L’intervention de l’armée en Lybie est logique. L’intervention aérienne intervenait dans le cadre de la politique de protection des civils. Il s’agit de la définition de la résolution 1973. Comme l’intervention au sol était exclue, tout reposait sur une intervention aérienne et maritime, notamment dans les interventions pour protéger les civils et neutraliser les menaces qui pesaient sur les civils. Cette intervention est intéressante car elle a eu lieu avec la Grande Bretagne peu de temps après la signature d’un traité bilatéral franco-britannique. La capacité de lutte anti-piraterie est reconnue. Beaucoup de pays s’intéressent à la piraterie car sont tributaires du pétrole d’où l’objectif de sécuriser la zone de rail d’accès à Suez (mission Atalante).

Pour terminer, auriez-vous un message pour la nouvelle promotion d’élèves officiers qui viennent d’entamer leur rentrée à l’Ecole navale ?

HV : Ils ont de la chance car c’est une école magnifique. Autant on pouvait se demander, il y a dix 10 ans, si cela restait important de faire cet investissement dans la sécurité nationale et sur le plan maritime autant aujourd’hui cela ne se discute pas. Pour ces jeunes officiers, c’est un véritable engagement, une vraie vocation et je crois que quelque part c’est passionnant d’être un élément important de la politique d’un pays comme la France dans la redéfinition du monde. On peut donc leur souhaiter bonne chance !


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